Haiti

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Capital Port-au-Prince
Population 11.591.279

En 2022 4,6 millions de personnes risquent d’être en insécurité alimentaire et en besoin d’assistance alimentaire et de protection des moyens d’existence, dont 1,34 M en situation d’urgence (IPC phase 4) et 3,22 M en situation de crise (IPC phase 3). Trois zones sont évaluées en situation d’urgence, notamment le Haut Plateau, une partie du Nord-Ouest et les quartiers pauvres et très pauvres de Cité-Soleil, et le reste du pays en situation de crise. 

Les causes complexes sont liées à la faible production agricole, l’impact du tremblement de terre, la détérioration de la situation sécuritaire et de l’accès humanitaire, les chocs économiques, climatiques, politiques et l’impact socio-économique de la pandémie sur les vulnérables, mitigés partiellement par la réponse humanitaire.

Haïti a vécu pendant l’année 2021 une crise humanitaire majeure et maintient une projection similaire avec une tendance à l’augmentation des besoins pour l’année 2022.

Les caractéristiques de cette sévérité sectorielle sont l’insécurité alimentaire, la perte des moyens d’existence, de l’accès à la terre, la perte du bétail, la détérioration de la situation sécuritaire et les différents chocs économiques, politiques, naturels et climatiques.

Pour la production agricole, des précipitations inférieures à la normale ont globalement affecté la performance de la campagne agricole. Les pluies ont été inférieures à la moyenne à plus de 60% dans 8 départements (hormis la Grand ’Anse et les Nippes) et à plus de 70% au niveau de 5 autres (le Centre, le Nord, le Nord-est, l’Ouest et le Sud-Est). L’irrégularité dans la distribution spatio-temporelle des pluies n’a pas permis au sol de maintenir un niveau d’humidité suffisant pour garantir normalement la croissance et le développement des plantes saisonnières à cycle court comme le haricot, le maïs, entre autres. Toutefois, les plantes les plus résistantes au stress hydrique à cycle relativement plus long comme la banane, la patate douce, les tubercules, entre autres, ont pu passer cette période de rareté de pluies jusqu’à maintenir un indice de végétation autour de la moyenne. Pour les campagnes agricoles d’hiver (2021-2022) et de printemps 2022, la disponibilité de semences sera en dessous de la normale à cause d’une baisse des appuis en semence des principales organisations qui seront plus concentrées dans les zones les plus affectées par le séisme du 14 août 2021 et de l’irrégularité des pluies, entre autres. La production agricole des campagnes d’automne 2021 et d’hiver (2021-2022) sera en dessous de la moyenne.

Le revenu tiré de la vente de main-d’œuvre agricole est limité en raison de la faible capacité d'embauche des mieux lotis et en raison des impacts résiduels des chocs climatiques, sociopolitiques, et économiques qui réduisent leur capacité d’investir.

En relation à l’élevage et le bétail, l’état physique des animaux est globalement normal. Toutefois, la filière a été sévèrement touchée par les inondations générées par Grace, notamment au niveau des caprins. La Peste Porcine Africaine (PPA), diagnostiquée en juillet en République Dominicaine, est maintenant présente en Haïti, et une perte de 30% du cheptel national d’Haïti est anticipée au cours des six prochains mois.

La fonctionnalité des marchés dépendra entre autres de l’évolution de la situation de blocage de l’approvisionnement du carburant vers les stations-essence, qui a déjà un impact sur la chaine d’approvisionnement des marchés surtout en province. Avec un déblocage de la situation actuelle du carburant, les prévisions de fonctionnalité des marchés sont normales avec des coupures sporadiques dans Port-au-Prince à cause de la situation sociopolitique. Ces coupures sporadiques, dues aux actions des gangs armés à Port-au-Prince, limiteront la circulation des marchandises et occasionneront la fermeture des entrepôts dans d’autres villes de provinces. Les conditions d’insécurité empêchent l’accès aux marchés pour les hommes et femmes ; les femmes, femmes âgées et personnes handicapées restant les plus affectées.

Les prix des aliments de base, notamment les produits importés, vont rester à la hausse et au-dessus de ceux de 2021 et ceux de la moyenne quinquennale à cause de la dépréciation de la gourde par rapport au dollar et au peso dominicain (taux de change gourde/dollar déprécié de près de 46% entre octobre 2020 et octobre 2021)

Les pertes de récoltes, combinées aux ralentissements des activités économiques liées à la violence des gangs armés, à l’insécurité généralisée et à l’inflation (hausse de plus 30% de la valeur du panier alimentaire de janvier à juillet 2021) ainsi que l’impact du tremblement de terre ont largement affecté le pouvoir d’achat des ménages les plus pauvres et leurs capacités à accéder à la nourriture. La perte des productions agricoles, activités économiques ont rendu les femmes de plus en plus dépendantes de leurs conjoints qui eux-mêmes ont perdu leurs ressources productives, emplois et leurs biens. Ceci est source de stress pour les hommes et parfois de violence accrue dans les ménages.

L’instabilité socio-politique a des conséquences sur les différents indicateurs macro-économiques : le pays connaît un ralentissement économique significatif depuis mi-2018, qui a répercuté sur la sécurité alimentaire, notamment en octobre 2017 Haïti présentait deux zones en phase 3 (crise) et le reste du pays en phase 2 (sous pression). La tentative de reprise des activités économiques est confrontée à la recrudescence des cas de kidnapping touchant toutes les couches de la société (assassinat du président) et aux conflits des gangs qui paralysent de manière répétée l’approvisionnement des stations d’essence provoquant une rareté qu’affecte les activités économiques et fa grimper les prix des produits alimentaires.

Les troubles politiques risquent de s’intensifier en raison de la lutte pour le pouvoir dans l’objectif du remplacement du président assassiné, créant une perturbation des activités des ménages et une menace pour leurs activités.

La saison cyclonique 2022 selon les prévisions risque d’être très active, soit 85% de chances d’être au-dessus de la normale (CARICOF) et donc impacter la production agricole pour 2022. La tempête tropicale Elsa a touché la péninsule sud d’Haïti en juillet 21, bien que les impacts aient été plus faibles que prévu des dégâts assez considérables ont été enregistrés dans certaines régions du pays, notamment le Sud-Est. Le passage de la dernière tempête tropicale Grace à la mi-août 21 est venu amplifier les pertes de récoltes et des cheptels occasionnés par le passage des précédentes tempêtes tropicales frappant diverses zones du pays.

Le tremblement de terre du 14 août 2021 a ravagé des zones entières dans les départements du Sud, des Nippes et de la Grand’ Anse, avec un bilan qui excède les 2000 morts, détruisant et endommageant des milliers de bâtiments. Des infrastructures essentielles, telles que des systèmes d’irrigation, les installations d’eau, d’assainissement et de santé, ont été détruites, et des milliers de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance. Selon les estimations officielles, environ 20% de la production annuelle de maïs et haricots a été produite dans les zones affectées (principalement dans les départements Sud et Sud-Est) en 2019, avec plus de la moitié de la production annuelle récoltée au printemps (juin et juillet). Les pertes causées par le tremblement de terre pourraient entraîner une réduction des disponibilités de denrées alimentaires de base. Les conditions de vie difficiles couplées à la faiblesse des systèmes de protection augmentent les risques d’abus et d’exploitation des personnes vulnérables – notamment les femmes, les filles, et les jeunes garçons.

L’impact socio-économique de la COVID-19. Depuis la découverte des deux nouvelles variantes de COVID-19 en Haïti, Mu et Delta, réputées extrêmement contagieuses, une augmentation du nombre d'infections a été observée. Selon le ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP), jusqu’au 11 octobre, le nombre de cas se chiffre à 23 042 personnes, soit une augmentation de plus de 42% comparativement au mois de juin. Les éventuelles mesures de prévention et contention de la pandémie peuvent impacter négativement les moyens d’existence des couches plus vulnérables de la population. A l’exemple les mesures restrictives liées à la pandémie ont eu de répercussions négatives dans le secteur informel où travaillent les femmes à 67.7% par les femmes en zone rurale et à environ 50% en zone urbaine.

Le niveau de vulnérabilité structurelle du pays explique également que de nombreux ménages sont extrêmement sensibles aux chocs (aléas climatiques, hausse des prix, pertes de récoltes) et sont particulièrement vulnérables à l’insécurité alimentaire aiguë et nutritionnelle. Les facteurs sous-jacents de cette vulnérabilité pour la sécurité alimentaire sont liés à la structure de production agro-sylvo-pastorale, essentiellement familiale (la production agricole emploie 60% de la population active et l’élevage représente 35% du revenu des ménages ruraux). Cette structure constitue un amortisseur social très efficace pour les vulnérables en insécurité alimentaire grâce au partage d’intrants à niveau familial et communautaire, mais est aussi structurellement limitée dans l’augmentation de la production desdites intrants en absence d’assistance humanitaire. La chaîne de commercialisation et distribution alimentaire, les filets sociaux et le fonctionnement des marchés, sont aussi fragiles et exposés aux chocs sécuritaires, climatiques et sanitaires, et ils nécessitent le renforcement d’une assistance dédiée et d’une intervention conjointe avec les mécanismes de développement (NEXUS).

Les indicateurs, collectés lors de l’ENSSAN et l’EFSA (Grand Sud) 2021 et utilisés pour l’analyse IPC, montrent que dans l’ensemble du pays près de 56% des ménages ont un Score de Consommation Alimentaire (SCA) Pauvre ou Limite (ce pourcentage est, en moyenne, près de 72% dans les zones classées en phase 4). Les ménages qui consomment moins de 5 groupes alimentaires (SDAM) sont 28% (environ 71% dans les zones en phase 4) et 70% des ménages emploient des stratégies liées à la consommation alimentaire (rCSI) (74% en zones en phase 4). Les ménages ayant un Indice de Faim modérée, sévère et très sévère sont de 30% (36% dans les zones en phase 4). Pour l’évolution des moyens d’existence plus de 5 ménages sur 10 ont déclaré avoir employé des stratégies d’adaptation de crise et d’urgence (55%) et 23% des ménages ont employé des stratégies d’adaptation d’urgence. Dans les zones en phase 4, ces pourcentages sont, respectivement, 70% et 38%.

 

En relation aux besoins intersectoriels et les conséquences humanitaires, 4,6 M de personnes en insécurité alimentaire ont des problèmes critiques liés au bien-être physique et mental et besoin d’une assistance alimentaire d’urgence et/ou de protection des moyens d’existence.

Autour de 1,6 M des personnes (100% des personnes en Phase 4 et 30% des personnes en Phase 3 dans les zones en priorité 1) pourraient avoir besoin d’assistance alimentaire ; 825.000 personnes auront besoin d’appui aux moyens d’existence pour sortir progressivement de l’urgence et crise de l’insécurité alimentaire et 2 M de personnes auront besoin des appuis combinés dans les deux modalités pendant l’année et spécialement la saison de soudure agricole, moment de vulnérabilité maximale due à l’épuisement du stock paysanne, l’augmentation des besoins alimentaires dus aux travaux agricoles, le besoin d’appui en intrants agricoles et pastoraux pour maximiser la production.

Le FSS envisage d’augmenter pour 2022 la modalité de réponse par transfert monétaire ou CBT qui renforce la résilience des ménages et la fonctionnalité des marchés et des filets sociaux où possible.

Autres besoins sectoriels indirects sont liés au renforcement des institutions étatiques (notamment CNSA et DGPC) impliquées dans la prévention et la gestion des risques et désastres à travers le pré-positionnement de stocks de contingence dans les zones les plus à risque de désastres naturels et le renforcement du système d’alerte précoce de la sécurité alimentaire. L’accès humanitaire reste aussi un besoin prioritaire sectoriel et intersectoriel.